Faut-il faire confiance à Facebook (Meta) ?

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Spoiler alert : il est impossible de faire confiance à Facebook pour protéger nos données personnelles !

Le modèle économique de Meta repose sur la collecte massive et l'exploitation commerciale de notre vie privée, ce qui a conduit à de multiples scandales et failles de sécurité.

Un modèle économique publicitaire

L'entreprise génère plus de 97% de ses revenus, soit près de 200 milliards de dollars en 2025, uniquement grâce à la vente d'espaces publicitaires ultra-ciblés. WhatsApp ne représente que 1% des revenus, de même que la division Métavers qui accumule elle des pertes colossales de 19,2 milliards de dollars sur la même année, forçant l'entreprise à monétiser agressivement ses utilisateurs. Vous n'êtes donc pas le client de Facebook, mais bien le produit vendu aux annonceurs qui paient pour accéder à votre profil psychologique.

L'espionnage physique permanent

Meta utilise une multitude de capteurs pour vous géolocaliser, même lorsque le GPS de votre téléphone est désactivé.

  • L'adresse IP permet de déduire votre code postal pour vous proposer des publicités locales.​
  • Les métadonnées des photos (EXIF) révèlent les coordonnées géographiques exactes de vos clichés téléchargés.​
  • Le balayage constant des réseaux Wi-Fi environnants et des appareils Bluetooth aide à trianguler votre position physique.
  • L'analyse de votre capteur de vibrations a même été utilisé en 2020-2021 pour vous localiser contre votre gré, en comparant votre profil vibratoire avec celui d'autres utilisateurs proches qui ont donné accès à leur localisation (voir article)

La surveillance des non-utilisateurs

La collecte de données dépasse largement le cadre des personnes disposant d'un compte actif sur la plateforme. Grâce au traceur Meta Pixel installé sur des millions de sites web (25% des sites les plus visités), l'entreprise crée des profils fantômes pour pister l'ensemble des internautes. Sur les smartphones, le SDK de Facebook (un logiciel de suivi des utilisateurs proposé gratuitement par Meta aux développeurs d'apps) intégré dans d'innombrables applications tierces transmet vos données sensibles à Meta dès l'ouverture de ces applications.


Meta peut également suivre vos achats dans la vraie vie, grâces aux partenariats avec des systèmes de cartes de fidélité en magasin.

L'interception des données chiffrées

Les promesses de confidentialité de Mark Zuckerberg s'effacent régulièrement face aux intérêts stratégiques de l'entreprise. Entre 2016 et 2019, Facebook a déployé un faux VPN gratuit appelé Onavo pour intercepter et espionner secrètement le trafic chiffré de concurrents directs comme Snapchat. L'entreprise a également autorisé secrètement des partenaires commerciaux comme Yahoo à lire les publications privées des utilisateurs, contournant totalement ses propres règles.

La vente des messages privés

Des documents judiciaires de 2024 ont révélé des accords commerciaux compromettants entre la plateforme et d'autres géants technologiques. Meta a laissé Netflix accéder aux messages privés de ses utilisateurs via une interface exclusive. En échange de cet accès inédit, Netflix a dépensé des centaines de millions de dollars en publicités et Facebook a délibérément saboté son propre service vidéo pour lui éviter toute concurrence (Article).

Des failles de sécurité colossales

Facebook s'est révélé techniquement incapable de protéger l'immense coffre-fort de données qu'il a constitué au fil des années. Le scandale Cambridge Analytica a exposé les profils de 87 millions d'utilisateurs, manipulés de manière invisible lors d'élections majeures. Le piratage d'une fonctionnalité interne en 2018 a également compromis 29 millions de comptes complets, révélant des informations extrêmement intimes aux pirates.

Les pires fuites de l'histoire

L'entreprise a subi des brèches dévastatrices ayant exposé les données d'une grande partie de l'humanité. Pour en citer deux :

  • En 2019, des centaines de millions de profils et de mots de passe ont été découverts en clair sur des serveurs non sécurisés, et accessibles à tous les employés de Facebook.​
  • En 2021, les données privées de 533 millions d'utilisateurs ont été publiées gratuitement sur un forum pirate.​


Meta a connu des dizaines d'autres fuites de données, répertoriées dans cette ligne du temps des fuites de données.

Face à ces crises à répétition, la direction a systématiquement cherché à minimiser l'impact et a refusé de notifier individuellement les victimes.

Un impact sociétal destructeur

La course aveugle à l'engagement algorithmique a eu des conséquences dramatiques sur la société mondiale et la santé publique. Les milliers de documents internes divulgués par Frances Haugen prouvent que Meta savait parfaitement que ses outils nuisaient à la santé mentale des adolescentes.


Sur le plan géopolitique, les algorithmes de la plateforme ont activement amplifié les discours de haine au Myanmar, contribuant matériellement au génocide de la minorité des Rohingyas en 2017.

Des sanctions financières historiques

Face à ces abus systémiques, les tribunaux et les régulateurs commencent à infliger des amendes aux montants inédits. L'Europe a frappé fort en 2023 avec une amende record de 1,2 milliard d'euros pour les transferts illégaux de données vers les États-Unis, en violation du RGPD. Aux Pays-Bas, un tribunal a condamné Facebook pour avoir exploité illégalement des données ultra-sensibles, comme l'orientation sexuelle et la religion, pendant plus de dix ans.


Même aux US Meta est sanctionné : 5 milliards de dollars en 2019 pour violations répétées de la vie privée, 1,4 milliard de dollars en 2024 pour collecte de données biométriques.

Collecte illégale de données biométriques

L'entreprise est régulièrement condamnée pour s'approprier l'identité physique de ses utilisateurs sans leur accord explicite. En juillet 2024, Meta a accepté de payer la somme faramineuse de 1,4 milliard de dollars à l'État du Texas. Cette sanction historique punit la capture illégale de la géométrie faciale de millions de citoyens via l'ancienne fonction de suggestion automatique de tags photographiques.

Conclusion : peut-on faire confiance à Facebook ?

Au vu de son modèle économique (publicité ultra-ciblée représentant plus de 97% des revenus), Meta a un intérêt structurel à collecter toujours plus de données, pas à en limiter l’usage. L’historique des fuites, scandales et condamnations montre que la “confiance” demandée aux utilisateurs a été, à de nombreuses reprises, trahie en pratique.


En clair, la question n’est pas seulement “Facebook peut-il sécuriser nos données ?”, mais surtout “Facebook a-t-il intérêt à réduire la collecte qui fait tourner sa machine publicitaire ?”. Et tant que l’essentiel des revenus dépend de cette collecte, les promesses de protection resteront fragiles et réversibles...

Comment agir ?

Sans changer vos habitudes, vous pouvez déjà réduire les permissions des apps Meta (Facebook, Messenger, Instagram, WhatsApp...) au strict minimum.


Si vous souhaitez aller plus loin, vous pouvez consulter Facebook et Instagram sur votre smartphone via votre navigateur : idéalement Firefox ou Brave équippé d'un anti-pub (uBlock Origin). Ca fonctionne quasi aussi bien qu'en utilisant l'app.


Vous pouvez également utiliser la messagerie Signal plutôt que WhatsApp ou Messenger.


Ou alors quitter complètement les apps de Meta... ? 

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